Les petites histoires de Nèl

Atelier d’écriture – Thème : Obsession.

Agna jeta un dernier regard par la fenêtre, cachée derrière les stores baissés de son appartement. Elle savait que c’était la fin, mais quelque chose, au fond d’elle, refusait de l’admettre. Elle fouilla la rue des yeux, à la recherche d’un plan de secours. Elle s’imagina descendre le long de la gouttière, comme dans les films. Après tout, elle n’était qu’au deuxième étage. Non, c’était absurde et probablement plus dangereux encore que ce qui l’attendait avec lui. Elle savait qu’il était tranquillement posté en bas de chez elle et qu’il ne quitterait les lieux qu’en sa compagnie, de gré ou de force. Cette fois, il avait gagné, il fallait s’y faire.

Agna se souvenait encore comme elle s’était sentie flattée lorsqu’il avait commencé à s’intéresser à elle. À cette époque-là, elle était au sommet de son art et avait tous les regards braqués sur elle. Ils étaient nombreux à la désirer, à l’envier, à tenter de l’approcher, mais elle, elle demeurait obstinément inaccessible. Et puis leurs regards s’étaient croisés à cette fameuse soirée pleine de faste et de bruit. Elle l’avait trouvé élégant, puissant, énigmatique. Une espèce de jeu à la fois excitant et tordu s’était alors installé entre eux, jusqu’à virer à la traque pure et dure. Animale. Effrayante. Une fois l’enivrante euphorie passée, elle avait cherché à fuir, mais c’était déjà trop tard. Il la voulait et ne trouverait de repos que lorsqu’elle serait entre ses filets. Au début, Agna s’était contentée de l’ignorer. Puis elle réalisa bientôt qu’il s’était mis à la suivre. Elle avait également appris que sa femme était partie, lassée de partager son mari avec Agna.

Un jour qu’elle était entrée chez lui en son absence et par effraction, histoire d’inverser les rôles et la peur, elle avait eu la surprise de tomber sur une pièce remplie de photos d’elle, sous tous les angles, toutes les coutures. Elle était clairement son obsession et devait faire quelque chose pour se sortir de là. Seulement l’angoisse cohabitait avec le désir et sa vanité l’empêchait de mesurer l’ampleur du danger. Elle aimait être le centre de ses pensées et elle aimait le fuir sans jamais partir trop loin. Elle s’était finalement réveillée quand il lui avait fait l’affront d’approcher ses filles pour tout savoir d’elle ou pour lui fiche la trouille, qui sait.Là, c’en était trop. Ses merveilleuses et précieuses filles….Elle aurait dû le tuer à cette soirée. Maintenant c’est lui qui espérait la tuer, elle en était sûre.

Debout face à l’immeuble Mickaël s’agaçait. Cette attente avait déjà trop duré. Il savait qu’Agna était là, il fallait attaquer. Gary le regarda et lui fit un signe de tête. L’assaut était enfin donné. Telles des milliers de minuscules araignées, ils se dispersèrent, armés jusqu’aux dents. Lorsqu’ils défoncèrent sa porte, ils trouvèrent Agna assise dans un superbe fauteuil blanc, vêtue d’une longue robe de soirée rouge. Elle souriait, une coupe de champagne à la main. Est-ce que cette dingue s’était apprêtée, pour lui ? Oui, tout à fait, c’était bien ce qu’elle venait de dire. Dans la tête de cette femme, c’était un rencard. Dans la tête de cette dangereuse créature, Mickaël était fasciné par elle. Ce n’était pas tout à fait faux. Quel flic n’aurait pas été fasciné par Agna Marin, le visage d’ange à la tête d’un répugnant trafic d’adolescentes et responsable de tellement de pervers et sanglants assassinats ? Alors oui il l’avait suivie, traquée, étudiée, oui il avait perdu femme et enfants pour cette enquête qui avait probablement été celle de trop, oui il avait failli devenir dingue, mais la reine Agna n’était plus et c’était tout ce qui comptait.

Texte : Nèl Tinta-NégraTous droits réservés.

Photo : Devin Berko

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